Projet pilote de collecte de données à Khénifra, Maroc ©IDinsight
Alors que l’année 2025 touche à sa fin, je prends du recul sur une période marquée à la fois par de fortes turbulences dans les secteurs de l’aide internationale et des avancées discrètes. J’ai pris la direction de la région Afrique de l’Ouest et du Nord (WNA) d’IDinsight au milieu de l’année, en héritant de partenariats profondément ancrés dans toute la région. Au fil des derniers mois, j’ai vu ces relations évoluer face à une conjoncture mondiale en plein bouleversement.
Cette année, la contraction des financements internationaux s’est faite sentir de manière très concrète en Afrique de l’Ouest et du Nord. L’OCDE anticipe que l’aide publique au développement bilatérale destinée à l’Afrique subsaharienne pourrait diminuer de 16 à 28 % entre 2024 et 2025. Le secteur de l’éducation ressent déjà le choc : l’UNICEF alerte sur une baisse possible de 24 % de l’aide mondiale à l’éducation d’ici 2026 (soit 3,2 milliards de dollars en moins), ce qui pourrait priver 6 millions d’enfants supplémentaires de scolarisation. L’Afrique de l’Ouest et du Centre pourrait compter 1,9 million d’enfants de plus hors de l’école, et la région Moyen-Orient et Afrique du Nord – notamment le Maroc – environ 1,4 million supplémentaires. Au Maroc, les subventions étrangères versées aux associations sont passées d’environ 765 millions de dirhams en 2024 à 580 millions en 2025, réduisant les ressources dont dépendent de nombreux acteurs de la société civile pour la santé rurale, l’éducation des filles et les programmes de moyens de subsistance. Au Sénégal, les services de proximité pour le VIH et la santé sexuelle et reproductive commencent déjà à se contracter, à mesure que des programmes soutenus par les États-Unis et le Royaume-Uni se réduisent, avec à la clé une couverture amoindrie et des risques accrus pour les femmes et les populations les plus vulnérables.
Les gouvernements tentent de limiter l’ampleur de ces chocs. Le Maroc prévoit de relever ses dépenses de santé et d’éducation à environ 140 milliards de dirhams dans son projet de budget 2026, tandis que le Sénégal a approuvé un budget de l’éducation de 990,75 milliards de FCFA pour 2026, soit 14 % des dépenses publiques. Ces ajustements sont loin d’être marginaux : les États ont toujours été les principaux investisseurs de leur propre développement et, dans cette nouvelle réalité budgétaire, ils prennent une responsabilité encore plus grande pour leurs résultats. La véritable opportunité aujourd’hui est d’associer cette souveraineté renforcée à des dépenses plus intelligentes, fondées sur les données probantes, afin que chaque franc et chaque dirham du budget national aillent plus loin, même si l’aide traditionnelle devient moins prévisible.
Dans ce contexte difficile, notre équipe Afrique de l’Ouest et du Nord basée à Dakar et Rabat s’est fixé un objectif simple mais ambitieux : aider les dirigeants à prendre de meilleures décisions en exploitant les données dont ils disposent déjà et les nouveaux outils qui émergent chaque jour.
Concrètement, cela signifiait aider nos partenaires à avoir un plus grand impact avec moins de ressources, en renforçant leur résilience en utilisant les données probantes pour gérer des arbitrages extrêmement difficiles après des coupes budgétaires soudaines, et en intégrant nos équipes au sein des administrations publiques pour éclairer les décisions à grande échelle.
Partout dans la région,nous avons vu des exemples inspirants de gouvernements qui s’adaptent pour faire plus avec moins. Au Maroc, nous avons travaillé avec l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) pour transformer sa plateforme de données en un outil concret permettant aux responsables provinciaux de cibler les ressources limitées vers les services dont les communautés ont le plus besoin. Au Sénégal, même au milieu d’une suspension de trois mois du financement du gouvernement américain début 2025, notre partenariat avec le MCA-Sénégal II[footnote]Millennium Challenge Account Sénégal phase II.[/footnote] a contribué à façonner un programme d’apprentissage pour un projet d’électrification national de 600 millions de dollars, garantissant que cet investissement d’une génération produise des enseignements sur la manière dont le nouvel accès à l’électricité améliore la croissance inclusive et les moyens de subsistance. Au Togo, nous avons travaillé avec le ministère de la Santé pour optimiser la distribution de contraceptifs, élargissant ainsi la couverture sans augmenter les coûts. Et en Sierra Leone, nous nous sommes associés au ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire pour renforcer le suivi de la stratégie Feed Salone, afin que les dirigeants puissent utiliser des données en temps réel pour décider quels districts et quelles chaînes de valeur prioriser, et ajuster les programmes d’appui aux agriculteurs en fonction de ce qui fonctionne sur le terrain.
Nous avons également partagé les enseignements de notre région au niveau continental. Lors du Forum africain des systèmes alimentaires à Dakar, notre équipe a rejoint plus de 6 000 dirigeants pour explorer comment les données probantes, les outils numériques et l’innovation peuvent renforcer la sécurité alimentaire. Nous avons constaté de nos propres yeux comment les partenariats autour des données et les solutions portées par la jeunesse peuvent transformer de grandes idées en résultats concrets et extensibles pour les agriculteurs et les familles.
Cette année a été marquée par une attention croissante portée à l’investissement dans les équipes locales, travaillant en arabe, en français, en anglais et dans les langues locales, et s’appuyant de plus en plus sur des experts issus des communautés mêmes où nous intervenons.
L’Afrique de l’Ouest et du Nord se trouve déja à l’avant garde de nouvelles approches en matière d’impact social.
Les gouvernements associent des budgets plus serrés à une demande accrue de données probantes rigoureuses, axées sur la décision, pour faire des choix difficiles sur la manière dont chaque franc, dirham ou leone peut avoir le plus grand effet. Pour nous, cela signifie aller au-delà des études ponctuelles pour aider à construire des systèmes de données probantes durables au sein des institutions publiques, afin que les gouvernements eux-mêmes puissent piloter et développer ce qui fonctionne. Cela signifie également travailler au sein d’un écosystème d’innovateurs qui utilisent l’intelligence artificielle et les données de manière transparente, inclusive et ancrée dans les réalités locales. Au Sénégal, par exemple, le ministère de l’Éducation et des partenaires comme Bibliothèques Sans Frontières et l’Agence française de développement testent des outils d’IA pour soutenir l’enseignement bilingue ; des initiatives comme l’Institut de Sangalkam et la série de conférences AISTEAM créent des pôles d’éducation en IA et forment les enseignants. Notre propre travail avec ARED avec la fondation Gates sur l’enseignement bilingue montre comment ces innovations peuvent avoir un impact lorsqu’elles sont associées à une évaluation rigoureuse.
Avec les bons investissements et les bons garde-fous, l’Afrique de l’Ouest et du Nord émerge comme un lieu où l’impact social centré sur les personnes et soutenu par la technologie prend forme concrètement.
À travers ces transformations, nous restons convaincus que de meilleures données, bien utilisées et détenues localement, peuvent contribuer à bâtir des sociétés plus justes et plus résilientes. Merci à nos partenaires pour votre soutien et votre collaboration en 2025. Nous avons hâte de poursuivre cette construction ensemble en 2026.
Cordialement,
Au nom des bureaux IDinsight Afrique de l’Ouest et du Nord
Je vous invite également à consulter notre rétrospective de l’année 2025 pour découvrir l’impact d’IDinsight à travers le monde.
Découvrez notre bilan de l'année 2025 axé sur la prochaine frontière en matière d'impact social.
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